Alors que l’Assemblée Nationale a adopté le projet de loi Hadopi 2 censée enrayer le téléchargement illégal pratiqué sur les réseaux de Peer To Peer (P2P) par le biais de la riposte graduée, il semble bien que le piratage de fichiers en P2P ait déjà pris du plomb dans l’aile grâce au streaming qui ne cesse de se développer. Le streaming, c’est à dire la lecture en direct sans téléchargement d’un fichier musical ou audiovisuel, fait en effet désormais partie intégrante de la vie des consommateurs.
La société allemande « Ipoque » qui publie chaque année un rapport sur l’état mondial du trafic Internet fait état de cette évolution concernant le streaming. Le dernier rapport montre effectivement le recul du P2P qui serait passé de 70% en moyenne fin 2007 à 40% du trafic Internet mondial début 2009 et une hausse du streaming légal et underground (c’est à dire basé sur la lecture en direct de flux provenant de sources pirates). La croissance du streaming s’explique aisément. Le streaming est beaucoup plus simple d’utilisation et l’internaute risque légalement beaucoup moins en utilisant le streaming pour visionner ou écouter des œuvres si celles-ci sont piratées.
C’est dans ce contexte de développement du streaming qu’est apparu Spotify à la fin de l’année 2008. La société basée en Suède a elle aussi lancé son service de musique en ligne illimité qui risque de s’imposer progressivement dans le paysage des plateformes de streaming musical. Annoncé comme le « Deezer Killer », Spotify s’en différencie techniquement puisqu’il nécessite l’installation d’une application (logiciel téléchargeable gratuitement) contrairement à Deezer qui est uniquement disponible via un navigateur Web. Comme Deezer, Spotify propose une formule gratuite, financée par la publicité, avec des millions de morceaux en écoute illimitée, l’écoute de radios et le partage de contenus avec d’autres internautes. Mais Spotify propose également des formules payantes qui offrent plus de fonctionnalités aux consommateurs et sans aucune publicité. Il s’agit d’un pass 24 heures (Day Pass) à 0,99 euros et d’un pass « Premium » à 9,99 euros par mois, avec des exclusivités musicales, une qualité sonore jusqu’à 320 kbps et la possibilité d’utiliser Spotify sur un iPhone ou autre portable Android.
Spotify a par ailleurs de sérieux arguments pour prétendre devenir le prochain leader en matière de streaming légal étant particulièrement bien soutenu par les investisseurs et les Majors. En effet le nouveau venu ne s’est pas lancé seul dans l’univers de la musique en ligne où iTunes reste un concurrent de poids. Il s’avère que « Sony BMG Music, Universal, Warner Music, EMI et Merlin détiennent ensemble 18% du capital de Spotify. Ce qui a pu contribuer à son expansion rapide lorsqu’il s’est agi d’obtenir les droits de diffusion des artistes. Aujourd’hui Spotify compterait environ 4 millions d’utilisateurs enregistrés. Il prépare son lancement aux États-Unis et s’apprête à boucler des tours de table qui devraient lui amener de nouveaux investisseurs et 36 millions d’euros d’argent frais. » (source Florian Innocente, journaliste spécialiste de l’Univers MAC).
En France, avec Deezer et Jiwa toujours en têtes de pont, les sites légaux de streaming connaissent aussi un essor exceptionnel. Selon les chiffres du SNEP de septembre 2009, avec 5 millions d’euros de chiffre d’affaires, ces derniers affichent une croissance de 318% par rapport à septembre 2008. Même s’ils apparaissent de plus en plus comme des alternatives au P2P et qu’ils reversent une partie de leur bénéfices aux ayants droits, le cas de Deezer qui connaît pourtant un énorme succès populaire montre que le streaming légal est loin d’être suffisant pour rémunérer la création musicale. En effet sur les six premiers mois d’exercice de l’année 2008, Deezer qui aurait réalisé 875 000 euros de chiffre d’affaires n’a rapporté que 70 000 euros à la Sacem qui ne touche ainsi que 8% des recettes publicitaires du site. Il ne reste au final que quelques centimes par ayant droits.
Au delà de la loi Hadopi 2 qui est diversement appréciée tant elle est perçue comme une loi obsolète et techniquement contournable, Frédéric Mitterrand attend désormais pour la mi-novembre les propositions de la commission Zelnik pour préparer « l’après Hadopi ». Cette mission « Création et Internet » composée de Patrick Zelnik, Président d’Impala et PDG du label indépendant Naïve, de Jacques Toubon, ancien Ministre de la Culture, et de Guillaume Cerutti, Président de Sotheby’s France comporte deux grands axes : développer l’offre légale sur Internet et trouver un moyen de rémunérer les artistes et les industries des contenus.
L’objectif de cette mission est de taille car en l’état actuel des choses, si le streaming voit s’ouvrir devant lui un avenir doré en terme d’audience, son modèle économique restent encore à prouver compte tenu notamment de l’instabilité du marché publicitaire sur Internet et de la réticence des sociétés d’auteurs. Il y a donc matière à se poser de sérieuses questions sur l’efficacité de la répartition actuelle des revenus générés par le biais des sites de streaming pour rémunérer d’une part les artistes et les producteurs et pour financer d’autre part la création et ceci notamment au regard, des revenus extrêmement faibles perçus par les ayants droits.
Le site de Spotify (Tout un monde en musique, instantané, légal et gratuit)
Le P2P jusqu’à 90% de l’ensemble du trafic internet (04/09/2007)
http://www.numerama.com/magazine/51...
Internet : P2P en baisse, streaming en hausse (19/02/09)
http://www.neteco.com/258912-trafic...
Deezer trublion français de l’industrie musicale (05/2009)
http://telecom.sia-conseil.com/inde...
Deezer rapporte uniquement 70 000 euros à la Sacem en six mois (20/06/08)
http://www.numerama.com/magazine/10...
Spotify peut compter sur les Majors (07/08/09)
http://www.macgeneration.com/news/v...
Essor du streaming et des abonnements (11/09/09)
http://www.journaldunet.com/ebusine...
du-streaming-et-des-abonnements.shtml
La Commission Zelnik prépare l’après Hadopi (03/09/09)