[Veille Musiques et Innovations]
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Veille Musiques et Innovations

n°23 Mai 2011


Cloud - Radio numérique - la musique demain

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Contact : musiques-innovation@parismix.fr

Twitter : @ParisMix

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Qui va payer pour la musique dans le cloud ?

Les lancements récents d’Amazon puis de Google Music donnent le coup d’envoi de la musique dans le cloud. A priori rien de très nouveau par rapport aux plateformes de streaming comme Deezer ou Spotify : la musique est accessible depuis n’importe quel terminal, PC ou mobile. Techniquement, c’est à peu près pareil sauf qu’avec ces nouveaux services, c’est l’utilisateur qui décide de la musique qu’il copie dans son dossier partagé personnel, son « locker ». Mais surtout, la gestion des droits pose des questions non résolues à ce jour.

En effet, à la différence des services de streaming comme Deezer ou Spotify, avec le cloud, c’est votre musique, celle dont vous possédez les fichiers, que vous écoutez en streaming. De là, si vous êtes amené à payer un abonnement, ou à rémunérer une prestation, celle-ci pourrait ne pas servir à financer la musique, qui vous appartient déjà, mais seulement la prestation technique de l’opérateur qui offre ce service de « cloud computing ».

Ce déplacement de valeur pose évidemment un sérieux problème aux ayants droit : les auteurs, artistes et producteurs.

Ni Amazon ni Google n’ont jugé utile de passer des accords avec les détenteurs de catalogue avant de lancer leurs services, pour l’instant disponibles uniquement aux Etats-Unis.

D’ors et déjà, en France, les ayants droits se plaignent des niveaux de rémunérations extrêmement faibles générés par le streaming, qu’il soit gratuit ou même payant. Reste qu’il y a rémunération envers les ayants droits car ceux-ci peuvent accepter ou non de donner leur accord pour que leurs catalogue ou répertoire soit diffusé. La technologie du cloud ne l’impose plus. Outre Amazon et Google, DropBox, l’un des logiciels de stockage et de partage privé en ligne le plus connu et le plus en vogue propose lui aussi son alternative au streaming par abonnement : DropTunes, qui est l’issue d’une convergence entre le système DropBox et la musique. En clair, il permet de devenir une sorte d’iTunes en ligne, propre à vos titres précédemment « achetés » et d’y accéder depuis n’importe où. Et si vous payez un abonnement, ce sera juste pour couvrir les frais techniques puisque la musique vous appartient déjà !

Les ayants droits ont-ils la possibilité d’interdire à tous citoyen de se créer un dossier partagé privé accessible de n’importe où dans lequel il peut mettre sa propre musique ? C’est peu probable. S’ils peuvent espérer imposer une rémunération aux systèmes commerciaux, et ce n’est pas gagné, les usages privés de musique dans le cloud resteront probablement gratuits et donc, ne rémunéreront pas les ayants-droit.

Il semble donc que les solutions juridiques retenues aujourd’hui par les maisons de disques ne fonctionnent pas avec ces nouveaux modèles. Opposées à la gestion collective des droits voisins sur Internet, opposées à une sorte de rémunération pour usages privés sur le Net, elles devront nécessairement, un jour ou l’autre changer leur fusil d’épaule. Les actuelles auditions réalisées par la mission « Centre national de la musique » seront peut-être l’occasion de constater l’évolution de leur position sur ce dossier.

De même l’eG8, qui se tient fin mai à Paris, sera l’occasion de poser la question du financement de la création.

Patrick Zelnik, y lancera l’idée d’une « contribution culturelle universelle » versée par les opérateurs des réseaux sur le principe de la copié privée. Comme avec la loi de 1985, ces sommes seraient redistribuées pour partie aux ayants droits et pour partie aux aides à la création et à l’innovation.

En effet, la musique dans le cloud posera ces questions. Pourquoi (et comment) m’interdire de partager ma discothèque avec ma famille, mes amis ? A défaut, comment autoriser ces usages dans la limite du cercle de famille, cher à la copie privée, et rémunérer les ayants droits. Mais au fait, qu’est-ce que la vie privée sur Internet, comment définir une limite entre espaces privés et publics sur le Net ?

Ainsi, la révolution de la musique en ligne est loin d’être terminée. De la vente de titres en download au streaming gratuit, nous n’avons franchi qu’une seule marche vers le développement des usages. Il y en aura d’autres. Si le système de l’abonnement semblait pouvoir s’imposer, la musique dans le cloud pourrait le remplacer ou du moins, détourner la valeur au profit des entreprises de telecom.

Alors que l’Hadopi semble avoir commencé à modifier les usages que les français font d’Internet et du P2P, ces évolutions n’ont pas eu de conséquences particulières sur le financement de la création. Selon le Snep, le 1er trimestre 2011 a vu le chiffre d’affaires de la musique enregistrée achetée par les consommateurs baisser de 5,2 %. La baisse des ventes physiques, 9,3%, n’a pas été comblée par la hausse du marché numérique, 13,2 %, qui représente moins du quart de ce marché.

Il devient de plus en plus nécessaire de mettre en place des solutions alternatives au financement de la création.

Pour en savoir plus :

DropTune est compatible multiformat

La synthèse de d’enquête barométrique de l’Hadopi concernant les usages sur Internet

Hadopi sondage, pas d’accord

Les chiffres du disque au premier trimestre 2011

Le eG8 suscite des doutes (Le point)

Le eG8 en pdf

Le programme du eG8

La radio numérique repoussée aux calendes grecques

La Radio numérique terrestre (RNT) a du plomb dans l’aile. Chargé en juin 2010 de mener une mission sur le lancement de la RNT - inscrit dans la loi de 2007 sur la modernisation de la diffusion audiovisuelle - David Kessler préconise un moratoire de 2 ou 3 ans sur le déploiement. L’ancien directeur de France Culture, qui a auditionné l’ensemble des acteurs de la radio, indique que toutes les conditions ne sont pas réunies d’un point de vue économique pour permettre le déploiement à grande échelle de la RNT.

Dans son rapport remis à M. Fillon, l’ancien conseiller à la culture de Lionel Jospin préconise "une alternative au déploiement rapide et à grande échelle de la RNT sous la forme d’un moratoire, voire d’une expérimentation à l’échelle locale" et la mise en place d’un observatoire, placé sous l’égide du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), qui devrait regrouper les principales organisations des radios, les représentants des fabricants, des diffuseurs ainsi que les pouvoirs publics concernés.

Il est évident que les radios craignent les bouleversements induits par la RNT : augmentation du nombre de canaux et donc de la concurrence, fréquences nationales et donc difficultés pour les radios locales et régionales, augmentation des coûts de diffusion dans les deux normes, le temps d’éteindre les émetteurs FM.

Il est aussi une question technique majeure : quel standard de diffusion utiliser ? Une norme compatible avec la TNT ? Une norme qui va bien avec les téléphones mobiles ? Ou tous simplement, un protocole ouvert, comme l’IP qui permettrait de diffuser de la radio, mais aussi des données, de l’Internet mobile en quelque sorte. La fin de la radio ? Pas forcément, mais un épisode important dans la bataille des fréquences. Les opérateurs mobiles n’auraient rien contre le fait de reprendre le contrôle de ces dernières, devenant ainsi diffuseurs des radios. Celles-ci ne seraient plus alors des médias à part entière (ne contrôlant plus leur outil de diffusion) mais des éditeurs de programmes…

En tant que programme sonore, c’est peu probable, mais en tant que média éditeur et diffuseur de son programme, c’est une éventualité. En effet, derrière la problématique de la radio numérique, se révèle une guerre des fréquences. La radio ne paie pas ses fréquences et les contrôle avec ses propres émetteurs. Les opérateurs mobiles eux paient des licences pour utiliser des fréquences et les rentabilisent en faisant payer leurs clients. Ainsi, quand vous écoutez France Inter à la radio, c’est sur « sa » fréquence et c’est Radio France qui paie la diffusion. Quand vous l’écoutez sur votre smartphone, c’est sur « votre » réseau 3G et c’est vous qui payez.

Or les fréquences sont un bien rare. Les opérateurs telecom ne serait pas contre le fait de récupérer le marché de la diffusion de la radio numérique, et les fréquences qui vont avec. Les radios se transformeraient alors en simples éditeurs de programmes, ayant perdu tout pouvoir sur leur diffusion… un peu à l’image de la presse en ligne qui ne contrôle pas ses imprimeries ni son réseau de distribution.

Le premier service expérimental de radiodiffusion numérique a été mis en œuvre à Paris par TDF en 1991, il y a vingt ans. Autant dire que le dossier de la radio numérique n’avance pas, et qu’il n’est pas certain qu’il ne soit pas définitivement enterré.

Le rapport Kessler

La musique demain : projet de manifeste


Suite à la live conférence La Musique Demain consacrée aux métadonnées, le projet de manifeste « Construisons les bases de la musique » est en ligne ici.
N’hésitez pas à le commenter ! _